Parti d’Avignon début mai, Bernard RAYNAUD, président fondateur avec bien d’autres d’ACT-ENACT il y a dix ans, poursuit sa route. Elle le conduira à la mi-juillet à une destination pluriséculaire : saint Jacques de Compostelle. Loin de toute mystique, c’est un défi personnel que souhaite relever notre ingénieur chef territorial retraité.
La bucolique mais sportive marche ne serait qu’anecdote parmi tant d’autres si le choc de deux mondes ne s’était produit lors de notre dernière conversation. De sa montagne noire, il me confia qu’il venait de souper et s’apprêtait à se coucher à l’heure où je sortais de mon bureau, à vingt heures.
Oh, ce n’est pas un petit vieux retraité tombé aux oubliettes de la fonction publique territoriale mais un homme qui parcourt vingt kilomètres chaque jour au rythme de son cœur généreux, de ses arrêts où il rencontre des personnes (oui des êtres humains) et leurs chaleureux sourires.
Il vit la France à travers ses beaux paysages au rythme de sa respiration, de ses conversations nouées avec des inconnus, de son rire de petit garçon qu’il a su demeurer au fond de lui-même.
Cela fait trois mois qu’il n’a vu ni email, ni télévision. Cela fait trois mois qu’il n’a pas entendu le son d’un autoradio dans un embouteillage et à peine celui de son téléphone dont l’opérateur ne dessert pas les recoins de nos campagnes, signe évident que le service public n’est plus qu’une chimère.
Il a pris les chemins de grande randonnée, les chemins vicinaux et les allées pierreuses où les bruits de ses pas ne couvrent pas le chant des oiseaux.
Notre promeneur nous enseigne que la France est belle de ses paysages lorsqu’on prend le temps de les regarder ; Que ses habitants sont accueillants, chaleureux et fraternels, lorsqu’on est un marcheur qui va à leur rencontre ; Que la tranquillité est présente autour de nous.
Il est loin de l’insécurité perçue à travers le prisme réducteur d’un meuble sans horizon, planté là au milieu du salon, de la chambre ou de la cuisine, lorsqu’on ne lui confère pas un statut d’ami, de confident ou de troisième parent et qu’on dénomme couramment télévision.
Il est loin des feuilles de chou, papiers glacés ou tabloïds de grande vacuité, qui nous vendent sans cesse : vanitas vanitatum et omnia vanitas.
Il est au-delà de l’immédiateté des appels téléphoniques dont l’importance ne dépasse guère la commodité ou l’absurdité d’un « t’es où ? », « t’as pensé à prendre le pain ? » ou pire encore, les messages infatigables d’une péroraison numérique.
Lui, le promeneur, s’éloigne en prenant le temps de marcher au rythme où doivent aller les hommes. Il réfléchit, fait un chemin dont nous avons oublié la sinueuse réalité, greffés que nous sommes de prothèses stériles.
Son monde où l’humanité tient la première place a entrechoqué le mien, rempli de superflu et d’accessoires ou d’immatérielles petitesses.
Son monde est le monde. Il prend son temps. Je lui envie sa Liberté.
Thierry ROLLAND, président d’ACT ENACT
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